TOUS LES DEGOUTS SONT DANS MA NATURE, La Verrière HERMES, Bruxelles - 2007

PPP, Pascal Pinaud Peintre. Un logo en caractères d’immatriculation de voitures (dans la typographie utilisée pour les pays) revendique la fonction. Pas toujours, parfois seulement. Car la règle change souvent, et l’on ne retrouve plus PPP dans un coin du tableau.
La recherche, par essence, fonde le travail des artistes. Quelques-uns tentent la voie unique, creusent infatigablement le même sillon, une vie durant. D’autres s’engagent violemment : ils projettent leurs convictions, leurs révoltes, sur des toiles, dans des sculptures, des photos, des vidéos. Pascal Pinaud explore ces pistes, puis les apostasie. Il « veut tout mélanger » : les tôles laquées dans des fours à carrosseries automobiles et des toiles peintes sur tissus africains, les canevas et les cages en fer forgé, les napperons chinois et les palettes de livraison sous film noir étirable, la toile cirée des nappes et les dessins à la mine de crayon écrasée, les toits de semi-remorques récupérés à la casse et les moulures de staff blanc… Aujourd’hui, d’après lui, son travail compte une vingtaine de séries différentes, « qui se confrontent comme dans une guerre ». D’un rare raffinement dans l’exécution, superbement maîtrisées, les oeuvres s’ajustent autour d’une intense réflexion, d’un humour équivoque (il aime bien que « ça grince un peu »), toute « abstraction faite » suivant le titre d’un article de Philippe Régnier dans Le Journal des Arts.
Et quand bien même Pascal Pinaud ne souhaite communiquer aucun message, une cohérence inattendue se construit au fil des oeuvres.
Deux cents tapis de brocante recouvrent les murs de la Verrière-Hermès. « L’objet manufacturé exerce sur moi une fascination que je me refuse à dissimuler sous prétexte qu’elle entre en contradiction avec le bon goût », explique Pinaud. Ces tapis ne forment qu’un fond, terrain de jeux décoratif et chargé sur lequel l’artiste dispose des « tableaux », laques immaculées, porte-glaces de vitrier, ou autres. « La violence est ici à double détente symbolique, disait de cet artiste inclassable Christian Bernard, directeur du MAMCO de Genève, et elle s’avance masquée sous les charmes ostentatoires d’une peinture pourtant destituée ». Au milieu de la Verrière, flèche et pierre angulaire de l’exposition, un mât lumineux d’une hauteur de 9,80 m soutient l’espace.