WHITE DE BLANC, FRAC Basse-Normandie, Caen - 2006


Pascal Pinaud est né en 1964 à Toulouse, il vit et travaille à Nice.
« La stratégie de Pascal Pinaud est claire. Elle vise à maintenir le tableau comme mémoire, forme,
support et structure de la peinture, un archétype et un prétexte, une scène commode, indémodable et surcodée. Sa tactique n’est pas moins limpide. Ouvrir plusieurs fronts et mener les batailles ou les
parties en simultané. Tous les angles d’attaque diffèrent et tous se valent. L’avantage décisif ne peut
tenir qu’à cette dispersion désinvolte, cette démultiplication dépensière des scénarios, tous également mis au point, minutieusement suivis, méticuleusement réalisés, la qualité de la mise en oeuvre de chacun contrastant d’autant plus avec l’équivalence vaine de tous. La peinture s’est longtemps rêvée comme une question de maîtrise, de savoir-faire d’exception : le rendu parfait redonde ici le caractère fini de ce rêve comme de la peinture elle-même. » Christian Bernard.

De ce souci du travail bien fait, Pascal Pinaud a inventé au fil des années, le logo PPP (Pascal Pinaud
Peintre) et en crée pour l’exposition une nouvelle version en volume aux trois lettres en aluminium où s’insère un éclairage d’ampoules style Las Vegas. Logo emblématique du peintre qui met en scène son « métier », les lettres simplement posées au sol comme abandonnées après un changement de
propriétaire évoquent plutôt la vacuité, enseigne lumineuse pour sa propre publicité et déclaratif de la
représentation du peintre lui-même dans une ironie assumée.
L’effet d’éblouissement qui s’en dégage se retrouve dans Colonne, oeuvre créée pour l’exposition : composée d’une colonne de fluos, elle diffuse son imposante lumière.
L’exposition White de blanc conçue autour de la couleur blanche s’impose alors dans un effet de
surexposition volontaire renforcée par les éclats métalliques de certaines pièces et la blancheur des
murs, sol et plafond. Surexposition à la fois jeu de mot et jeu d’ambiance.

L’oeuvre de Pascal Pinaud se répartit en séquences définissant des séries d’oeuvres ; à ce jour, 18
séries existantes ; ainsi, dans l’exposition, des extraits des séries Semences, Moulin à prières, Ecrans,
laques automobiles, tricots et oeuvres lumineuses. La série Semences, tableaux blancs sur lesquels ont été jetées et écrasées de manière aléatoire des mines de crayons de couleur qui ont laissé quelques traces, est présentée ici enchâssée, dans des rosaces de plafonnier, virus décoratifs à la fois baroques et familiers qui mettent en scène les oeuvres.
Les Moulins à prière, présentoirs aux facettes colorées de bobines de fils qui peuvent tourner sur eux mêmes renvoient dans la salle et aux oeuvres les incantations à la peinture pour lesquelles ils ont été conçus. La colonne de fluos fait barrage et illumine d’éclats de lumière l’oeuvre Tel quel, toit de
camion tel quel en aluminium, ready-made dans sa procédure, signe du temps qui passe, pièce sans
image et sans motif où le spectateur peut à loisir inscrire des signes dans la poussière qu’y est déposée. Les Ecrans, tirages noir et blanc sur toile de constats de tableaux vandalisés ou volés dans des musées se confrontent à Sans titre, oeuvre réalisée dans un assemblage de tricots aux couleurs chatoyantes.

Pascal Pinaud, dans cette dispersion essentielle autour des espaces de la peinture, de la couleur et de la forme, témoigne ici, sans aucun à priori, de sa recherche précise et déterminée des qualités picturales de toutes sortes d’objets issus du monde ordinaire, saisis et recomposés dans leur éventualité d’une « beauté moderne » et dont le spectateur pourrait partager le « plaisir moderne ».